Ces peurs peuvent s’expliquer. Quand la société se complique et se diversifie, tremble de perdre ses repères. Beaucoup de musulmans craignent d’être dilués dans le modèle occidental. Certains Occidentaux redoutent une religion qu’ils ne connaissent pas. Nous avons peur, ils ont peur… et le cercle vicieux est amorcé. De réaction en provocation, chaque camp cherche à s’affirmer. Il faut baliser le territoire, montrer sa force, prouver son existence. Dans le paysage urbain, on voudra élever des minarets. Sur le terrain des idées, on va exercer sa liberté d’expression, notamment par la caricature.
Le résultat de ces jeux agressifs est clair : chez nous comme là-bas, ce sont les populistes qui tirent leurs marrons du feu. Eux qui surfent à merveille sur les angoisses, exploitent sans vergogne les ressorts identitaires et religieux. Ici, on récolte des signatures… pour interdire. Là-bas, on mobilise les foules… pour crier sa haine. Tous manipulent des populations inquiètes et déstabilisées pour asseoir un pouvoir qui, lui, devrait bel et bien inquiéter. Face à ces manœuvres, il n’y a que l’effort du dialogue et l’exercice de la raison à opposer. Pour remettre un peu de bon sens, de mesure et de respect au centre des débats. Un bon sens qui nous rappelle que les caricatures ne sont pas dangereuses et qu’un minaret n’a rien de menaçant en soi. La peur ne doit pas nous faire sacrifier des libertés chèrement acquises. Un bon sens encore qui devrait finalement nous inviter à plus de prudence dans l’exercice de la provocation. Provoquer intelligemment, un peu subtilement ou humoristiquement, pourquoi pas. Mais provoquer gratuitement, juste pour blesser, ou simplement par orgueil… Cela mérite réflexion. L’arrogance nourrit les haines, quels que soient les camps, qu’il s’agisse de dessiner des caricatures ou de construire des minarets. Il ne sert à rien d’exacerber la susceptibilité islamique par des dessins excessifs. Il n’est pas utile de troubler la population suisse en lui imposant des tours qu’elle n’est pas encore prête à accepter. Chacun devrait le comprendre, sans qu’il faille interdire quoi que ce soit.
Cédric Némitz

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